L'Oise Agricole 21 janvier 2021 a 09h00 | Par Vincent Fermon

Pourquoi Matines casse son site de Montdidier

La direction du groupe spécialisé dans la production d’oeufs a annoncé la semaine dernière la fermeture au 31 mars de son site de conditionnement installé à Montdidier. Une cinquantaine d’emplois sont sur la sellette.

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Installé à Montdidier depuis 2011, le site Matines emploie encore aujourd’hui
48 salariés. Sa fermeture est annoncée pour le 31 mars prochain.
Installé à Montdidier depuis 2011, le site Matines emploie encore aujourd’hui 48 salariés. Sa fermeture est annoncée pour le 31 mars prochain. - © Agence de presse

Plus adapté à ce que veulent les consommateurs. C’est la raison donnée par la direction du groupe Matines, filiale du groupe Matines, le jeudi 7 janvier, pour justifier la fermeture prochaine du site de conditionnement Matines de Montdidier (80). Alors que l’entreprise s’est donnée pour objectif de produire 100 % d’oeufs alternatifs d’ici 2025 – autrement dit issus de poules élevées au sol, en plein ou dans des élevages bios -, elle considère que l’usine de Montdidier n’est pas adaptée pour accompagner ce développement.

Des difficultés chez Matines qui datent

«Dans un contexte de mutation profonde du marché de l’oeuf en France, Matines réaffirme son engagement vers 100 % d’oeufs alternatifs d’ici 2025», a-t-elle détaillé dans un communiqué qui a suivi la réunion au cours de laquelle la décision a été annoncée aux salariés. Dans ce même communiqué, Matines ne fait pas mystère des difficultés rencontrées depuis un certain temps : «Malgré des efforts significatifs entrepris ces six dernières années, la société Matines fait face à des difficultés économiques persistantes et doit adapter son outil industriel pour répondre aux standards du marché et renouer avec la compétitivité.»

Transfert d’activités

L’abandon du site de Montdidier devrait donc permettre à Matines de recentrer son activité de production et de conditionnement sur les autres bassins où elle est présente : le grand-ouest et le sud-ouest. Les «gagnants» de la fermeture de l’usine samarienne, dont l’activité cessera au 31 mars 2021, seraient les sites de Naizin (Morbihan) et Chalamont (Ain). La direction de Matines promet de «mettre tout en oeuvre pour limiter l’impact social auprès des quarante-huit salariés concernés en donnant la priorité à la reconversion, au reclassement et à la mobilité au sein du groupe».

Accompagnés d’élus du territoire, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand est venu apporter son soutien aux salariés de l’entreprise et chercher des réponses chez Matines, début de semaine.
Accompagnés d’élus du territoire, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand est venu apporter son soutien aux salariés de l’entreprise et chercher des réponses chez Matines, début de semaine. - © Conseil régional des Hauts-de-France

Jean-Michel Serres : «C’est de la valeur ajoutée pour le territoire qui s’en va»

Ancien responsable professionnel agricole, président de la commission «agriculture» du Conseil régional des Hauts-de-France et élu au conseil municipal de Montdidier, Jean-Michel Serres déplore la fermeture du site Matines et revient sur la rencontre qui s’est tenue début de semaine entre direction de l’entreprise, salariés et le président de la Région, Xavier Bertrand.

Comment avez-vous appris la décision de Matines de mettre un terme à l’activité au 31 mars prochain de son centre de conditionnement de Montdidier ?

Comme tout le monde intéressé par ce dossier, j’ai appris la décision de Matines en milieu de semaine dernière. Les premiers auxquels on pense, ce sont les salariés, même si l’on sait que Matines rencontre des difficultés depuis un petit moment. Il y a deux-trois ans, j’avais eu l’occasion de visiter l’entreprise. Il y avait sur place une soixantaine de salariés. Aujourd’hui, ils sont encore 48 et demain, il n’y en aura plus aucun. La moyenne d’âge de ces salariés est de 45 ans. On nous parle d’une possibilité pour les salariés de Montdidier d’être reclassés dans d’autres usines, mais nous avons des doutes sur la faisabilité d’une telle démarche. Nous espérons un accompagnement important des salariés avec le plan de sauvegarde de l’emploi qui sera discuté la semaine prochaine.

Comprenez-vous la décision de Matines de fermer son unique site de conditionnement dans les Hauts-de-France ?

Cette décision est incompréhensible et nous laisse un sentiment d’amertume. Ce centre de conditionnement est performant. Il est alimenté par des éleveurs qui le sont aussi. Le problème, c’est que Matines n’a pas suffisamment pris en compte le changement dans les attentes des consommateurs. D’autre part, en fermant Montdidier, Matines se prive d’un site qui est idéalement placé entre la métropole lilloise et la région parisienne, qui sont quand même d’importants bassins de consommation. Ce sont autant d’arguments rationnels que nous continuons de mettre en avant. Quand on regarde tout cela, on ne peut que comprendre la colère des salariés de Matines et être à leurs côtés.

Quel impact peut avoir cette décision pour la ville de Montdidier ?

C’est encore une fois une situation difficile. On constate que les emplois se perdent plus vite qu’ils ne se créent. Nous avons déjà vécu la fermeture de l’abattoir. Le site a été repris par une entreprise agroalimentaire et l’on peut imaginer qu’elle va se développer, mais les choses ne se font pas d’un claquement de doigts. Il y a eu aussi la fermeture de l’usine Banania à Faverolles. Le site a été racheté par Dailycer et nous savons que cette entreprise cherche à se développer et peut recruter, mais les compétences recherchées sont assez techniques. La reconversion des salariés de Matines Montdidier ne sera pas simple. Dans notre région, il y a des projets de création d’entreprises agroalimentaires, mais ils sont assez éloignés de Montdidier.

De quelle manière la Région peut-elle intervenir dans ce dossier et accompagner ceux qui vont y perdre quelque chose ?

Le conseil régional peut aider les salariés en matière de formation, pour la mobilité, la garde d’enfants avec des dispositifs dédiés. Ce sont des choses qui existent depuis le début de la mandature. La Région y a une antenne de proximité pour accompagner les gens à trouver les bons interlocuteurs. Si une entreprise est intéressée pour la reprise du site, nous serons là aussi puisque le développement économique est une compétence des régions. Enfin, pour les éleveurs, il existe aussi des dispositifs pour les aider à investir dans de nouvelles activités ou moderniser leurs outils. Toutefois, même si la Région fait ce qu’elle peut, on ne peut quand même que regretter qu’avec l’abandon de cette activité à Montdidier, on va perdre des emplois et c’est de la valeur ajoutée qui s’en va de notre territoire.

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