L'Oise Agricole 08 octobre 2020 à 09h00 | Par D.

Une loi prometteuse mais irrespectueuse

Le lundi 5 octobre, les Jeunes Agriculteurs de l’Oise, la FDSEA 60 et la Chambre d’agriculture de l’Oise ont organisé une rencontre parlementaire concernant la loi Egalim et la nécessité d’obtenir le décret d’application de l’article 44, en lien avec le prix rémunérateur.

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De gauche à droite : Régis Desrumaux, président de la FDSEA 60, Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Gwenaëlle Desrumaux, présidente des Jeunes Agriculteurs de l’Oise, et Jean Lefevre, agriculteur à Ognes dans l’Oise.
De gauche à droite : Régis Desrumaux, président de la FDSEA 60, Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Gwenaëlle Desrumaux, présidente des Jeunes Agriculteurs de l’Oise, et Jean Lefevre, agriculteur à Ognes dans l’Oise. - © D.

Cinq parlementaires ont répondu présents à ce rendez-vous. Agnès Thill (SE), Pierre Vatin (LR), Maxime Minot (LR), Pascal Bois (LREM), et Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise, ont donc assisté à cette rencontre sur la ferme de Nathanaël Signez, à Villers-Saint-Barthélémy. Cet éleveur laitier est installé sur la ferme familiale depuis 2010. A temps plein et seul sur l’exploitation, il possède 44 vaches laitières et 55 hectares de culture. Aujourd’hui, sa production de lait ne lui permet pas de se reverser un salaire correspondant à son temps de travail. «Pour que je puisse me retirer un salaire de 1.500 euros par mois, il faudrait ajouter 60 euros/1000 litres au coût de production» souligne l’éleveur.

D’après Gwenaëlle Desrumaux, présidente des Jeunes Agriculteurs de l’Oise, la filière est en pleine crise et de façon régulière depuis 2009. Le problème ? Les prix trop bas et la surproduction. «Le prix d’achat du lait aux éleveurs est largement inférieur au coût de production. Pour justifier ces prix bas, les transformateurs (ceux qui achètent le lait aux éleveurs et en font des briques UHT, yaourts...) et les distributeurs mettent en avant la surproduction de lait en Europe. Celle-ci s’est aggravée depuis la fin des quotas laitiers en avril 2015 mais aussi depuis l’embargo sur nos produits par les Russes depuis 2014», explique-t-elle. Cependant, c’est le même combat du côté des éleveurs bovins viande. «Beaucoup d’éleveurs touchent l’équivalent d’un RSA par mois. En cause, les prix d’entrée toujours plus faibles pratiqués par les abattoirs français et la concurrence déloyale», ajoute Régis Desrumaux, président de la FDSEA 60.

La loi Egalim, une solution mais...

La loi issue des Etats généraux de l’alimentation a trois objectifs : payer le juste prix aux producteurs pour leur permettre de vivre dignement de leur travail ; renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle des produits ; favoriser une alimentation saine, sûre et durable pour tous.

Des objectifs alléchants, mais des zones sombres semblent planer au-dessus des Egalim. L’article 44 a pour but de rétablir une concurrence plus loyale et d’assurer aux consommateurs une traçabilité plus importante. «Depuis l’année 2000, les importations ont quasiment doublé en France (+ 87 %) et selon l’Institut national de la recherche agronomique, 10 à 25 % de ces produits agricoles et alimentaires importés en France ne respecteraient pas les normes minimales environnementales et sanitaires imposées aux producteurs français», affirme Gwenaëlle Desrumaux.

En effet, entre la France et le Canada, les exemples sont flagrants. Dans l’Hexagone, on compte 60 vaches en moyenne sur 60 hectares alors qu’en outre-Atlantique, 60 % des feedlots (parcs d’engraissement) canadiens contiennent plus de 10.000 bovins. Concernant l’alimentation, en France, 80 % d’herbe est utilisé dans l’alimentation du troupeau. De plus, de nombreux produits sont strictement interdits comme les farines animales et les antibiotiques comme activateurs de croissance. Alors qu’au Canada, l’alimentation est composée de 80 % de maïs OGM et la ration alimentaire est complétée par des farines animales et un engraissement aux antibiotiques (46 substances interdites en France sont utilisées au Canada). L’article 15 de la loi Egalim ne garantit en rien à l’agriculteur un revenu couvrant au minimum son coût de revient. «Le relèvement du seuil de revente à perte de 10  % ne signifie pas que la grande distribution va devenir bénéficiaire nette sur ces produits unitaires. En pratique, un produit est rentable pour la grande distribution dès lors qu’il couvre à la fois le prix d’achat effectif (ou seuil de revente à perte) et les frais de mise en distribution (logistique, stockage...) qui sont estimés entre 20 et 30 % du prix d’achat effectif selon les distributeurs. Le relever de 10 % ne permet donc pas de couvrir l’ensemble des coûts de ces produits phares» s’insurge Gwenaëlle Desrumaux.

Elle poursuit avec la problématique de l’encadrement des promotions. «L’objectif de l’encadrement en promotion était, symboliquement, d’interdire les promotions du type «1 produit acheté, 1 produit offert» pour les limiter à la promotion «2 produits achetés, 1 produit offert». Dès lors que ceux sont les mêmes produits qui sont proposés, aller au-delà de ces 34 % de promotions en valeur est interdit. Or cela ne semble pas être le cas si les produits sont différents. Il est possible d’imaginer une promotion du type «une boîte de foie gras achetée, une boîte de confit de canard offerte». Le principe d’une dévalorisation des produits agricoles aux yeux des consommateurs demeure.» Que ce soit Hervé Ancellin, président de la Chambre d’agriculture de l’Oise, Régis et Gwenaëlle Desrumaux, et les agriculteurs présents, ils ont mis un point d’honneur à faire comprendre la détresse des agriculteurs aux parlementaires et les ont incités à appliquer les bonnes réglementations de la loi Egalim pour éviter une distorsion de concurrence, un agribashing accru mais aussi assurer un revenu décent. «Cette loi est importante, mais il faut savoir bien l’appliquer» insiste Régis Desrumaux.

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