L'Oise Agricole 26 juillet 2018 à 09h00 | Par Marie-Astrid Batut

Industrie agro-alimentaire mondiale : répartition inégale

En étudiant la chaîne de production de douze produits alimentaires de consommation courante, Oxfam a mis en avant la répartition inéquitable de la valeur ajoutée.

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Le rapport montre que sur ces produits la part des enseignes de distribution était de 48,3 % en 2015, tandis que celle revenant aux paysans et travailleurs est de 6,5 %.
Le rapport montre que sur ces produits la part des enseignes de distribution était de 48,3 % en 2015, tandis que celle revenant aux paysans et travailleurs est de 6,5 %. - © J.-C. Gutner

Dans un rapport intitulé «Derrière le code-barres : des inégalités en chaînes», Oxfam a analysé la chaîne de production et la répartition de valeur sur douze produits de consommation courante dans plusieurs pays. Pour Oxfam, le constat est sans appel :«le modèle économique de l’industrie agro-alimentaire alimente les inégalités et génère des souffrances humaines parmi les travailleurs». Le rapport spécifie qu’en France, le marché des produits alimentaires dépasse les 240 milliards d’euros par an.

Il s’agit donc du plus gros marché de l’Union européenne derrière l’Allemagne. Selon Oxfam, les enseignes de grandes distributions représentaient, en 2015, 78 % des ventes de produits alimentaires pour la consommation à domicile, soit 135 milliards d’euros environ. En 2014, les six grands groupes français détenaient 92 % des parts de marché de la distribution alimentaire en grande distribution. Il s’agit donc d’un marché très concentré en France, comme dans la plupart des pays. Au Royaume-Uni, quatre supermarchés contrôlent 67 % de la distribution alimentaire, par exemple. Pour Oxfam, cette emprise sur les marchés donne à la grande distribution une grande puissance pour façonner la production alimentaire dans le monde entier. Elle favorise un modèle commercial qui garantit des prix bas et un large choix tout au long de l’année. «Les supermarchés exercent une pression continue sur leurs fournisseurs pour qu’ils réduisent leurs coûts et supportent davantage les risques de la production agricole», peut-on lire dans le rapport.

Des paysans en situation d’insécurité alimentaire

Selon l’ONG, dans le monde, la baisse des prix payés aux fournisseurs, accompagnée d’un appui insuffisant de la part des pouvoirs publics, exacerbe le risque de violation des droits humains et des droits du travail dans les chaînes d’approvisionnement. Ainsi, des paysans en difficulté viennent à recourir au travail des enfants. Des travaux menés par Oxfam et ses partenaires en 2017, auprès de paysans et travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement de supermarchés de cinq pays ont révélé qu’une nette majorité des personnes interrogées étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée, ou grave.

En Afrique du Sud, plus de 90 % des femmes interrogées, qui travaillent dans des exploitations de raisin, ont déclaré ne pas avoir eu assez à manger au cours du mois écoulé. Plus près de nous, le rapport détaille qu’en Italie 75 % des femmes interrogées travaillant dans des exploitations de fruits et légumes ont dit qu’elles ou un membre de leur famille avaient réduit le nombre de repas au cours du mois écoulé, parce que leur ménage ne pouvait se permettre d’acheter suffisamment de denrées alimentaires. Sur les douze produits étudiés par Oxfam, les revenus moyens des paysans ou des travailleurs ne suffisent pas à leur procurer un niveau de vie décent. Pour certains produits, comme le thé indien et les haricots verts kényans, les revenus moyens des travailleurs n’atteignent même pas la moitié du minimum nécessaire pour leur assurer un niveau de vie élémentaire.

6,5 % de valeur ajoutée pour les paysans et travailleurs

Ces bas revenus sont généralement le fruit d’une répartition inéquitable de la valeur ajoutée. Le rapport montre que, entre 1995 et 2011, la part des dépenses en caisses abrogée aux supermarchés est passée de 27 % à 30 %. Sur les douze produits de consommation courante étudiés dans l’étude, cette part est passée de 43,5 % en 1996-1998 à 48,3 % en 2015, tandis que celle revenant aux paysans et travailleurs est passée de 8,8 % à 6,5 %, pendant la même période. On peut lire dans le rapport que pour des produits comme le jus d’orange brésilien, les haricots verts du Kenya, le thé indien, la crevette vietnamienne et le thon en conserve thaïlandais, la part du prix final à la consommation revenant aux paysans ou aux travailleurs, s’élevait à moins de 5 % en 2015. Ainsi, sur un kilo de crevettes provenant du Vietnam, puis vendues en France en 2015 à 15,68 e, seuls 48 centimes ont été reversés à l’ouvrier vietnamien. D’après le rapport, il faudrait soixante quatre ans pour que les cueilleuses de thé en Inde parviennent à gagner autant que le PDG de Carrefour en une journée.

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