L'Oise Agricole 17 novembre 2020 à 11h00 | Par Amandine Priolet

Crise sanitaire, quel impact sur la consommation alimentaire ?

La crise sanitaire liée à la Covid-19 a laissé et va encore laisser des traces. Loin d’être terminée, puisqu’une nouvelle période de confinement vient d’être décrétée jusqu’au 1er décembre au moins, celle-ci a déjà causé un bouleversement dans le quotidien des Français. Quel impact a-t-elle réellement créé sur la consommation alimentaire dans le pays ? C’est la question sur laquelle s’est penchée FranceAgriMer dans une étude publiée le 29 septembre.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Selon l’étude de FranceAgriMer, lors du premier confinement, les transferts de la consommation vers le domicile ont bénéficié à la grande distribution, qui a enregistré entre le 17 mars et le 10 mai une hausse de 9 % de son chiffre d’affaires sur le segment de produits de grande consommation et frais en libre-service. Qu’en sera-t-il de la période de reconfinement ?
Selon l’étude de FranceAgriMer, lors du premier confinement, les transferts de la consommation vers le domicile ont bénéficié à la grande distribution, qui a enregistré entre le 17 mars et le 10 mai une hausse de 9 % de son chiffre d’affaires sur le segment de produits de grande consommation et frais en libre-service. Qu’en sera-t-il de la période de reconfinement ? - © Agence de presse

En mars 2020, le confinement consécutif à la propagation du coronavirus a bouleversé les habitudes des Français, notamment en termes de consommation. Alors que la crise sanitaire n’a pas dit son dernier mot, FranceAgriMer s’est attaché à rassembler des informations permettant de décrypter les comportements des consommateurs ces derniers mois. Ceux-ci sont un premier indicateur de nouvelles tendances, qui seront probablement amenées à évoluer encore avec la nouvelle période de confinement dans laquelle nous entrons, au moins jusqu’au 1er décembre.

La société de consommation remise en question

La Covid-19 a-t-elle offert une parenthèse, un accélérateur ou un élément de rupture des tendances ? La remise en question de la société de consommation ne date pas de la période post-Covid-19. Dans une étude réalisée en 2016 pour FranceAgriMer et le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation, les Français avaient fait part de leurs intentions de modifier leurs comportements alimentaires, avec notamment la prise en compte de la santé et du bien-être, mais également le respect de l’environnement et le rejet de la mondialisation. «Consommer moins mais consommer mieux», voici l’une des grandes tendances des consommateurs français depuis quelques années. D’autant qu’avant la crise sanitaire, deux autres crises avaient éclaté : le mouvement des Gilets jaunes et les manifestations contre la réforme des retraites.

Le pouvoir d’achat, facteur de changements

Le pouvoir d’achat est l’une des préoccupations majeures des Français en cette période. Les effets du confinement ont pesé sur l’économie et les revenus des Français, ce qui a pu entraîner certains consommateurs à modifier leurs choix alimentaires. La fermeture des points de restauration, mais aussi l’arrêt temporaire des marchés de plein vent, ont entraîné les consommateurs vers de nouveaux lieux de vente. «Ces transferts de la consommation vers le domicile ont bénéficié à la grande distribution, qui enregistre pendant le confinement (du 17 mars au 10 mai 2020) une hausse de 9 % de son chiffre d’affaires sur le segment de produits de grande consommation et frais en libre-service (PGC FLS) par rapport à la période équivalente l’an dernier», révèle l’étude.

Durant le premier confinement, sous l’effet des restrictions de sorties, la fréquence d’achats est en baisse, mais le panier global, lui, est en hausse. D’après les données de Kantar Worldpanel, «la fréquence moyenne est en baisse de 15 %, variant entre - 18 % et - 10 % selon la semaine. Le panier global progresse en moyenne de 33 % et les dépenses hebdomadaires en moyenne de 10 %». La baisse de fréquentation dans les grandes surfaces s’explique notamment par le fait que les consommateurs se sont dirigés plus facilement vers des petites surfaces plus près de chez eux ou ont fait leurs courses par le biais de drives ou eu recours à la livraison à domicile.

Les Français se (re)mettent à la cuisine

La parenthèse du confinement a donc redistribué les cartes et débouché sur de nouveaux lieux d’approvisionnement… Mais elle a aussi été l’occasion pour nombre de Français de se mettre aux fourneaux. Les pains et autres viennoiseries ont été plébiscités. Mais «le retour de la pratique culinaire des Français ne va pas jusqu’à plébisciter les viandes qu’ils ont de moins en moins l’habitude de cuisiner en temps normal. Ainsi, si les achats du poulet sont en hausse de 36 % en avril par rapport au même mois de 2019 (…), ceux de pintade, de lapin et de canard sont en baisse. De la même manière, sur les viandes fraîches, la viande hachée (principalement de bœuf) surperforme par rapport à l’année dernière (+ 34 % en avril), mais ce n’est pas le cas des viandes de veau ni ovine (- 13 %)», souligne FranceAgriMer. Parmi les autres produits qui ont souffert de la crise, les boissons alcoolisées, et tout particulièrement les vins effervescents consommés habituellement dans un contexte festif (- 55 % pour le champagne, chiffres IRI). Les bières (+ 6 % de croissance) et les vins tranquilles (+ 3 %) ont toutefois attiré les consommateurs.

Vers une consommation plus responsable ?

Dans ce contexte, la crise a-t-elle provoqué une rupture dans les habitudes de consommation ? Difficile de trancher. Selon l’étude, un tiers des Français souhaiteraient retrouver «la vie telle qu’elle était avant».

Dans une enquête d’Opinionway pour Max Havelaar, 69 % des sondés considèrent que la crise économique et sanitaire actuelle est l’illustration qu’il faut changer nos modes de consommation et les rendre plus responsables (locaux, bio, équitables, sans emballage, etc.). L’évolution des achats de produits biologiques, durant la période de confinement, montre déjà cette prise de conscience. Pour autant, ceci pourrait également s’expliquer par les ruptures importantes sur certains produits, qui auraient incité les consommateurs «à acheter dans le même lieu de vente des références plus qualitatives».

Consommer Français, acheter local

Mais le bio a aussi un adversaire de taille, avec la montée en puissance du locavorisme. Car la tendance phare de ces derniers mois est l’attrait à des produits made in France, ou de proximité. Dans une enquête présentée par Kantar WP lors de ses webinaires, 92 % des répondants déclarent privilégier les produits d’origine France et 87 % disent essayer d’acheter des produits locaux aussi souvent que possible. Si l’épidémie a renforcé le rôle prépondérant de la santé dans l’alimentation, elle a aussi redonné du poids aux préoccupations écologiques des consommateurs. «Pour 40 % des Français interrogés en juin par BVA, la crise de coronavirus rend la lutte contre le changement climatique plus urgente. Au début de l’épidémie, en mars, ils n’étaient que 21 % à le dire.» Acheter local ou français arrive donc en tête des bonnes résolutions des consommateurs français.

Pour 89 % des répondants à l’enquête d’Opinionway pour Max Havelaar, acheter français serait également «une expression de solidarité avec les producteurs français mis en difficulté pendant la crise».

Les consommateurs, prêts à payer le prix ?

Néanmoins, le «consommer mieux» a un coût. Et les contraintes multiples liées à la crise sanitaire ont eu tendance à enflammer les prix. Cette question de l’évolution des prix a par ailleurs été un sujet d’interrogation récurrent pendant la crise de la Covid-19 pour les ménages, les filières et les pouvoirs publics. L’Insee a annoncé, sur un an, une inflation de 1,3 % sur les produits de grande consommation vendus en grande distribution au mois d’avril. Sur l’alimentaire, l’Insee constate même une forte accélération des prix (+ 3,7 % sur un an, + 1,8 % sur un mois), en particulier sur les produits frais (fruits, légumes et produits de la mer, + 17,8 % au total sur un an et + 11,9 % sur un mois). «À cette hausse atypique des prix constatée sur le périmètre des hypermarchés et supermarchés, il faudrait ajouter un autre facteur potentiel d’augmentation des prix : le changement de circuit d’achat pour un circuit plus cher», prévient l’étude.

Les consommateurs se sont tournés vers des circuits de proximité ou des magasins spécialisés, affichant généralement des prix supérieurs à la moyenne. Mais ces nouveaux modes de consommation interrogent sur la capacité des consommateurs à faire perdurer leur volonté d’aller vers plus de qualitatif.

Qu’en sera-t-il de la suite ?

Les Français sont repartis pour quatre semaines minimum de confinement afin d’enrailler la propagation du virus. Les tendances de consommation à venir, et les prises de conscience, devront être analysées «en prenant en compte l’ensemble des facteurs qui pourront influencer les choix et les comportements alimentaires des Français : la situation sanitaire, les possibles aménagements du mode de vie (davantage de télétravail, moins de convivialité autour de repas, temps disponible en semaine et en week-end…), sans oublier la contrainte budgétaire engendrée par la situation économique.»

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Oise Agricole se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,