L'Oise Agricole 26 novembre 2020 a 09h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Les volailles, elles aussi confinées

Le virus Influenza aviaire hautement pathogène H5N8 se diffuse dans plusieurs pays d’Europe à partir des oiseaux sauvages et, par arrêté du 16 novembre 2020, le ministre de l’Agriculture a relevé le niveau de risque épizootique à élevé à l’ensemble du territoire métropolitain.

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Des poules de plein air confinées, pas l’idéal !
Des poules de plein air confinées, pas l’idéal ! - © l. mouquet

Le passage en niveau de risque élevé impose l’application de mesures de prévention dans toutes les communes de l’Oise. Ces mesures sont applicables dans tous les lieux de détention de volailles et par tous les acteurs concernés (notamment éleveurs professionnels, particuliers, animaleries, transporteurs) . Elles concernent l’application stricte et permanente des mesures dites de biosécurité, principalement la claustration des volailles (élevages, basses-cours) ou leur protection par un filet avec réduction des parcours extérieurs.

«Depuis plusieurs jours, mes poules pondeuses bio sont donc enfermées dans le bâtiment, elles ne sortent plus», témoigne Emmanuel Rouyère, éleveur de poules pondeuses bio à La Chaussée-du-Bois-d’Écu. Ce sont des animaux qui sortent dehors tous les jours et ce confinement n’est pas sans conséquences sur leur comportement. «Elles sont très nerveuses et pour les calmer, je leur distribue des ballots de luzerne dans lesquels elles fouillent, picorent comme elles font dans l’herbe extérieure», ajoute l’exploitant.

Pas de répercussion sur la production pour le moment, mais Emmanuel Rouyère s’attend à un léger décrochage dans les prochains jours. Même si le cahier des charges bio impose le plein air, c’est un cas de force majeure pour le moment et l’éleveur ne veut prendre aucun risque en cette période de migration d’oiseaux sauvages, vecteurs de la maladie.

D’ailleurs, l’arrêté ministériel interdit les rassemblements et concours d’oiseaux, la manipulation des cadavres d’oiseaux sauvages, en particulier les oiseaux migrateurs (ex : oies, canards, cygnes) ainsi que le transport et les lâchers de gibiers à plumes (chasse actuellement non autorisée). Un mauvais coup de plus pour les éleveurs de gibiers à plume comme Jacques Geneste, installé à Bonneuil-les-Eaux (voir tribune ci-dessous).

Des dérogations

Avec l’assouplissement du confinement, la chasse pourrait reprendre et les éleveurs pourraient obtenir des dérogations si les détenteurs du droit de chasse souhaitent procéder à des lâchers pour une reprise de la chasse au petit gibier. Cela permettra de libérer des stocks d’animaux pour lesquels aucune issue n’existe à l’heure actuelle, entraînant à coup sûr l’arrêt de nombreux élevages. Les éleveurs sont dans l’attente de la circulaire d’application de l’arrêté ministériel grippe aviaire, qui permettra des dérogations, mais uniquement pour les faisans et perdrix, pas les canards.

Pour ce qui est des éleveurs de poules pondeuses ou de volailles de chair dont le cahier des charges stipule le plein air, des dérogations peuvent également être obtenues. Emmanuel Rouyère en demandera sans doute une le moment venu pour être dans les clous de son cahier des charges et que les animaux puissent reprendre leurs habitudes, mais lorsque les vols migratoires seront terminés. «Sanitairement parlant, je ne suis pas sûr que le confinement soit à terme bénéfique à la santé des animaux», précise l’éleveur de poules pondeuses.

En attendant, la surveillance clinique quotidienne dans tous les élevages, basses-cours, animaleries par le détenteur et le signalement à son vétérinaire de toute mortalité anormale ou signes clinique suspects sont préconisés par les autorités.

Suite aux annonces du Président Macron de ce mardi 24 novembre, avec la limite des 20 km et des 3 heures de sorties, les chasses locales pourraient reprendre et peut-être aussi les commerciales car elles sont considérées comme un commerce non essentiel. Cela serait un soulagement pour tout ce secteur. «Encore faut-il qu’un arrêté préfectoral soit pris rapidement pour annuler certaines dispositions du précédent qui nous bloquent. Cela devrait arriver dans les prochaines heures», s’impatiente Jacques Geneste. Chaque week-end de chasse devient précieux pour la profession.

- © Bernard Leduc

Jacques Geneste, administrateur du Syndicat national des producteurs de gibiers de chasse

«Sauvons l’élevage de gibier français !»

À l’heure où nous rédigeons ces quelques lignes, nous ne savons pas encore si la chasse aux petits gibiers profitera de possibilité de dérogation pour rouvrir dans les prochains jours. Malgré tout, cette période ne nous interdit pas de dénoncer la décision qui a consisté à fermer administrativement la chasse aux petits gibiers en ce mois de novembre. Dénoncer, aussi, le piège politique tendu par le ministère de la Transition écologique en créant une chasse à deux vitesses : la chasse de loisir et la chasse de régulation. Diviser pour mieux régner, nos détracteurs ont réussi !

En créant la notion de chasse-loisir et son interdiction, Barbara Pompili et Bérengère Abba ont, d’un revers de la main, mis sous cloche toutes les chasses aux petits gibiers ainsi que tous ses intervenants économiques. En s’attaquant à la chasse-loisir et donc à la chasse aux petits gibiers, nos opposants savaient très bien ce qu’ils faisaient ; ils s’attaquent à un pilier de la chasse, seule alternative au gros gibier pour conserver une chasse populaire en France, profondément ancrée dans la ruralité. Un acquis de la Révolution française !

En divisant la chasse en deux, l’écologie punitive veut priver la chasse d’une partie de ses acteurs économiques pour la réduire à une portion congrue. Parmi les protagonistes de la chasse aux petits gibiers de plaine, il y a une profession incontournable de cette activité qui a été particulièrement visée : celle des éleveurs de gibiers. Stigmatisés par certains, estimés par d’autres mais dans tous les cas de figure, et qu’on le veuille ou non, ils sont des acteurs économiques majeusr de la chasse aux petits gibiers sédentaires de plaine, aussi bien en France qu’en Europe. La France a une production qui s’exporte aux quatre coins de l’Europe. Un oiseau sur 2 deux chassé en Europe est produit sous forme d’œuf en France. C’est une filière d’excellence.

Sans l’élevage de gibier, perdrix, faisan, colvert auraient vraisemblablement disparu depuis longtemps de nos paysages. Aujourd’hui, l’élevage de gibier à plumes participe au renforcement des populations de petits gibiers. Nombre de territoires ont pu reconstituer des populations de gibier naturel par des réintroductions d’oiseaux d’élevage. Sans lui, il n’y aurait plus de chasse en plaine en de nombreux endroits. Les éleveurs de gibiers sont un maillon essentiel des territoires ! Emploi, hébergement, repas, location de chasse, vie associative… découlent de leur activité. Par ailleurs, en s’attaquant aux élevages de gibiers, l’écologie punitive s’attaque tout simplement à la diversité de l’agriculture française !

L’activité d’un éleveur de gibier se joue en 9 mois, de mai à janvier. En fermant la chasse au mois de novembre, les éleveurs de gibiers se sont retrouvés du jour au lendemain sans pouvoir écouler leurs oiseaux. Le mois de novembre représente en général 40 % des ventes de gibiers d’une saison. Décembre et janvier ne suffiront pas à absorber les volumes qui étaient prévus de vendre au mois de novembre.

Il faut dès maintenant prévoir des dérogations pour que la chasse aux petits gibiers reprenne le plus vite possible. Par ailleurs, en concertation avec les représentants de l’État dans les départements et les Fédérations départementales de chasseurs, il faut engager des discussions pour rallonger les périodes de chasse au mois de février.

Cette période de fermeture a engendré des problèmes de trésorerie et des coûts supplémentaires liés à l’allongement du cycle d’élevage (alimentation, main-d’œuvre…) qui ne pourront pas être répercutés sur les prix de vente. Il faut que l’État mette en place des aides économiques d’urgence pour la filière.

Enfin, il faut savoir qu’il n’existe pas de filière spécifique viande pour l’élevage de gibier à plumes et que les outils d’abattage volailles ne sont pas adaptés à ces oiseaux. Il est donc impossible de valoriser nos oiseaux en filière viande. C’est pourquoi l’État doit envisager le scénario catastrophe au cas où nous n’arriverions pas à écouler l’ensemble de notre production d’ici la fin de saison. Par ailleurs, en cette période à risque élevé vis-à-vis de l’influenza aviaire, nous sommes très inquiets car les élevages sont surchargés et on augmente ainsi les risques de transmissions du virus.

Arrêtons le gâchis ! Il faut que chaque décideur face preuve de discernement pour prendre les bonnes décisions dans les jours à venir. C’est une question de vie ou de mort de l’élevage de gibier en France. Malheureusement, on peut d’ores et déjà penser que les éleveurs de gibier seront durablement et irrémédiablement impactés par cette crise, et à travers eux, la chasse dans son ensemble. Parmi ces décideurs, certains seront peut-être tentés, en pensant faire le bien, à donner le coup de grâce à cette profession ! C’est alors qu’ils détruiront une économie et un savoir-faire qu’il sera impossible de retrouver. Et pour autant, la nature s’en portera-t-elle mieux ?

N’oublions pas, derrière chaque élevage de gibier, il y a des hommes et des femmes, des familles entières qui ne demandent rien d’autre que de continuer à vivre de leur métier ! N’ayons pas honte, la chasse ne doit pas être seulement une chasse de régulation de gros gibiers ! Nous comptons sur vous !

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